Index Présentation

Projet du Cauris

 

Si vous ne faites rien, si vous ne cherchez pas,
ne recensez pas ce que porte le continent (en valeurs),
bientôt l'Afrique sera une coquille vide
Amadou Hampaté Bâ.

Le nouvel ordre économique international s'inscrit tout simplement
à côté de tous les autres droits des peuples, comme le droit au développement.
Et, comme tous les droits des peuples, il s'arrache dans la lutte
et par la lutte des peuples
Osons inventer l'avenir !
Thomas Sankara

 

Cela signifie que, dans la pratique,
notre lutte pour la libération et le progrès de nos peuples,
nous devons être capables d'élaborer une éthique commune
pour évaluer les Etats africains,
de même qu'une politique anti-néocolonialiste pour nos organisations.
Amilcar Cabral


Tout le monde est appelé à l'édification de projets de société autour d'une éthique commune, ressortissant aux valeurs d'humanité des cultures africaines.
Cauris


CAURIS

 

Cauris se veut un forum de réflexion qui mobilise les nombreux talents des sociétés africaines. Cauris est une conférence de chercheurs, penseurs et artistes africains et africanistes, qui veulent émanciper l'idéal africain des cadres théoriques imposés par l'occidentalisation violente du monde.

 

L'initiative d'un forum de réflexion et d'études transdisciplinaires sur la réalité africaine tient au double constat que :
Le libéralisme économique appliqué aux pays africains s'accompagne de catastrophes humaines sans précédent ;
L'analyse marxiste léniniste qui fut une référence pour plusieurs pays africains en vue de l'organisation d'une société plus humaine n'a pas connu le succès escompté.


La proposition philosophique initiale est de reconnaître au coeur de toute société africaine
Les structures génératrices des valeurs humaines fondamentales : liberté, responsabilité, justice, confiance, amitié ;
Les différentes articulations de ces structures à la base des institutions politiques africaines et leur implication dans la production, la circulation et la redistribution des biens économiques.

La proposition politique de base est de :
Reconnaître ces structures génératrices, autant dans les sociétés traditionnelles que dans les sociétés en voie de constitution dans les villes aujourd'hui, où elles apparaissent spontanément.
Mettre en évidence celles de ces structures qui sont communes aux différentes traditions et cultures africaines ;
De les désencombrer de leurs imaginaires et des pesanteurs astreignants et de contribuer à l'émergence de conditions favorables à leur libre développement.

Les buts de l'association

Le contact et l'ouverture de dialogues avec toutes les personnes sensibles aux préoccupations susdites.
Dès que possible, l'organisation de rencontres transdisciplinaires.
La recherche des travaux sur l'Afrique déjà réalisés dans les bibliothèques africaines aussi bien qu'occidentales ; leur analyse par un comité de lecture adéquat, en vue de l'attribution du label de l'association.
La publication des travaux les plus significatifs.
Leur diffusion auprès de toutes les bibliothèques africaines.
L'adaptation de ces documents à l'enseignement dans les écoles.
La mise en circulation sur le réseau Internet des documents sélectionnés.

L'adaptation de certains de ces documents aux supports médiatiques (émissions radiophoniques et télévisées).

 

 

DERMA

HISTOIRE
&
FORME SOCIALE

 

Choses du passé, choses au cours inexorable, ou choses dues à la vaillance des hommes, dans les stratégies d'appel à la culture ou à la politique en Afrique, le mot HISTOIRE interroge tous ces chemins sans les épuiser. Cet éclatement de sens se traduit par une remarque fondamentale : qu'il s'en détourne ou y retourne, l'HISTOIRE est la matrice à laquelle l'homme africain se réfère pour transcender sa situation présente.

Notre approche pose dans un premier temps que l'HISTOIRE doit être comprise comme un moment temporel et intemporel travaillé par une nécessité de nature à faire sens et à donner forme et mouvement à une société qui se déploie sur les deux modes du changement et de la permanence.

Cette approche pose dans un second temps que l'intelligence d'une prise (ou d'une reprise) en mains par l'homme africain de sa destinée découlera d'une compréhension théorique des rapports ambiguës et complexes entre HISTOIRE et FORME SOCIALE.

 

Le DERMA HISTOIRE ET FORME SOCIALE se propose d'appréhender les différentes manières dont les acteurs sociaux en Afrique négocient leurs rapports avec les institutions publiques officielles.
Ces négociations qui débordent souvent la sphère des légalités institutionnelles laissent entrevoir des formes de légitimations sociohistoriques qui sont autant de mémoires sociales en cohabitation dans la société.
Pourtant, bien souvent, le paradigme réducteur entre passé et modernité, perçu sous l'angle évolutionniste, a confirmé la faiblesse ou le caractère ambigu des allégeances populaires aux idéologies officielles comme des formes archaïques de conservatisme.
Même s'il est notable que dans les pays qui ont fait l'expérience de la perte de souveraineté, le passé acquiert une dimension particulière; en ce sens qu'il devient un lieu crédible de procession de modèles structurant les pensées et les attitudes collectives de groupes qui font profession d'une ré-appropriation de leur destin historique, il ne s'agira pas, pour autant dans ce Derma, de confondre les faiblesses et les ambiguïtés de ces allégeances à un retour au passé qui coïnciderait avec un retour aux formes du passé.
Il s'agit plutôt ici:
- de rendre compte de stratégies d'appels au passé opérées par les acteurs pour s'adapter - tout en les réadaptant - aux formes sociales nouvelles héritées du post modernisme
- de dégager les rationalités qui permettent de comprendre l'efficace - si tant est que cela est - de ces stratégies en question.
Déjà quelques pistes nous paraissent importantes à saisir. A leur nombre:

LES MÉCANISMES MORAUX ET INSTITUTIONNELS DE RÉGULATION DES CONFLiTS SOCIOPOLITIQUES.
Ce point est susceptible entre autres développements de permettre d'éclairer les échecs des nombreuses interventions des organismes internationaux dont les médiations en temps de conflit ne sont jamais à la hauteur des dynamiques réelles en oeuvre dans les sociétés en crise. Il pourra permettre également de mieux cerner les enjeux entre Droits positif et coutumier en Afrique.

FRONTIÈRES ET ÉCHANGES INTER CULTURELS
Le traçage frontalier issu du partage colonial de l'Afrique n'est la plupart du temps abordé que sous l'angle des tensions politico-militaires dont il est la source ; cette manière de voir laisse en rade tout le support économique, culturel, religieux et parfois politique qui sous-tend les mouvements migratoires des populations qui font bien peu de cas des découpages territoriaux officiels. L'approfondissement de cette seconde perspective permettra de procéder à quelques découpages pertinents d'ensembles homogènes "fédérables" en de nouvelles cartes politico-culturelles moins sujettes aux convulsions en cours sur le continent.

SOCIÉTÉ CIVILE ET ALLÉGEANCES CITOYENNES A L'ÉTAT RÉPUBLICAIN
Il s'agira là de voir comment les mémoires sociales dans la société articulent leurs différents projets dans un mouvement ambigu de collaboration et d'opposition. On verra ainsi comment l'État négocie son maintien par un ensemble de mécanismes juridiques policiers et surtout de phénomènes de redistribution arbitraire de la richesse nationale. Il s'agira surtout de voir, quelles forces sociales s'affrontent sur le continent ; éclairer leurs présupposés et de contribuer à la construction d'un avenir émancipateur.

 

 

DERMA

ECONOMIE

 

Au propre comme au figuré, tous les paramètres et indications économiques des rapports officiels sur l'Afrique semblent désespérément et durablement installés dans le rouge.

Les chiffres sont si catastrophiques qu'on ne peut manquer de se demander : de quelles ressources, ce continent peut-il vivre et comment peut-il continuer d'exister ?

Nous voudrions initialiser une approche anthropologique des économies africaines pour saisir la nature des ressources et les formes de leur mobilisation qui permettent au continent d'infirmer les statistiques qui l'accablent.

Ces ressources sont-elles matérielles ou immatérielles, d'usage, marchandes ou culturelles ?

Que traduit, au fond, l'économie en Afrique ?

Quelles sont les logiques et dynamiques efficientes sur le continent ? Où commencent-elles et où finissent-elles ?

Selon les statistiques internationales, l'Afrique contribue pour 2 % au commerce mondial et représente 1 % des exportations ; voilà deux critères illustrant le marginalisation économique du continent. Le PNB global de l'Afrique subsahélienne équivaut à celui des Pays-Bas Voilà qui illustre la marginalisation croissante du continent, la faillite des modèles de développement imposés et des formes d'aide ou de coopération de même que la faillite de ces Etats depuis quarante ans.

Et pourtant, 800 millions d'êtres humains y vivent tant bien que mal, ceci grâce bien souvent à leur génie créateur comme le disait si bien le Président Thomas Sankara. Ils développent des formes de résistance basées sur des solidarités familiales, villageoises... Ces pratiques obéissant à d'autres valeurs. Sont-elles appelées à disparaître sous le joug de la mondialisation néolibérale ou pouvons-nous encore les revisiter pour mieux les adapter aux mutations actuelles de telle façon qu'elles ne soient plus seulement des instruments de survie mais qu'elles soient le socle d'une autre dynamique salvatrice pour l'Afrique et qu'elles inspirent aussi le reste de l'humanité ! Mais, pour cela, faut-il encore bien les connaître, bien appréhender leurs soubassements. L'étude exhaustive sous forme de monographies s'avère nécessaire.

La réflexion que nous pourrions mener ensemble pourrait s'articuler de la façon suivante.
Dans un premier temps, faire le constat et la critique des modèles et politiques menées depuis les indépendances. Ce constat analysera nécessairement le rôle de l'Etat, des organisations comme le FMI avec ses P.A.J., la fonction du marché, etc.
Ceci nous conduira à analyser les raisons de l'échec. Celui-ci n'est-il pas inhérent à des logiques opposées ? Comment les dominés se sont-ils organisés pour survivre ?
Différents exemples, notamment relevant de ce qu'il est convenu d'appeler l'économie informelle ainsi que le champ des échanges, des réciprocités, des partages et des redistributions communautaires (et solidaires), pourront nourrir ce chapitre.

Et tout compte fait, n'est-il pas opportun de se poser la vraie question de ce qu'est le développement, tout au moins en tenant compte des initiatives déployées par les populations ? Des interrogations fortes se sont exprimées : " Et si l'Afrique refusait le développement ? " A. KABOU. " Le développement n'est-il qu'une croyance occidentale ? " G. RIST. Ne s'agit-il pas de logiques différentes, voire opposées entre les intérêts des dits développeurs et les peuples concernés ?
Qu'est-ce que le développement ? Ce concept a été tellement utilisé à toutes les sauces qu'on est en droit de le revisiter. On ne saurait faire l'économie d'une telle démarche sans proposer à prime abord une définition. N'est-il pas judicieux de mentionner les éléments à prendre en compte dans cette vaste problématique ? Le développement ne peut faire fi de la culture (qui a quelquefois été considérée comme un frein) ; il ne peut guère faire table rase des savoirs et savoir-faire des populations. Il suppose nécessairement la prise en compte des vrais besoins et des attentes exprimés par les populations et non les présupposés écrits dans les bureaux d'experts.
Ne faut-il pas partir de ce que savent les populations, ce qu'elles veulent, ce qu'elles vivent pour bâtir le socle d'un développement viable et durable ?

À l'heure de la mondialisation et de la construction de grands ensembles comme l'Union Européenne, l'Afrique peut-elle encore se payer le luxe de réfléchir et bâtir, d'imaginer des espaces de développement seulement dans des petits pays comme le Burkina Faso, le Togo, etc. ? Il nous semble que l'intégration africaine longtemps théorisée s'impose désormais comme une nécessité impérieuse pour sortir de l'impasse.

Qu'est-ce que le développement,
Quelles sont les conditions ou les éléments à prendre en compte,
Quels acteurs, quels rôles et articulations ?
Un projet de société privilégiant l'intégration régionale n'est-il pas indispensable ?

 

DERMA

DROIT
&
INSTITUTIONS JURIDIQUES

 

Les puissances coloniales ont toutes organisé l'extension de leur Droit aux populations colonisées. A leur accession à l'indépendance, les jeunes Etats africains ont jugé utile de consacrer, dans leurs constitutions, le maintien de cette législation, donnant mission à leurs Parlements de décider du sort à lui réserver : c'est-à-dire de l'adapter à leurs réalités socio-économiques et politiques ou de l'abroger si elle se révèlait inappropriée. Une attitude de sagesse, a-t-on dit.
Depuis les indépendances, l'Afrique est donc en permanence à la recherche de sa loi. Quelques retouches sur les législations héritées de la colonisation ont été proposées depuis lors mais le plus souvent mineures. Cette démarche génère une réticence voire un scepticisme à croire qu'on trouverait dans les sociétés africaines passées et présentes une philosophie à même de fonder des règles nouvelles ou de justifier aux yeux des peuples africains les règles et les principes de droit qui leur sont appliqués. Et pourtant, les juristes africains savent tous d'où viennent les Codes Napoléon qui leur ont été enseignés : ils savent qu'ils résultent de la codification des coutumes et pratiques éparses des populations de l'époque.
N'y a-t-il donc pas lieu de rechercher au coeur des sociétés africaines, autant dans les sociétés traditionnelles que dans celles qui se construisent aujourd'hui dans nos villes sous la poussée de la mondialisation, les structures sociales qui engendrent le respect, la responsabilité, la liberté, l'amitié, la confiance et surtout la justice ? Ces structures peuvent-elles constituer la base d'une conception du Droit capable de fonder la loi dont on pourra dire un jour que "nul n'est censé l'ignorer".
Il s'avère en effet hasardeux de vouloir construire une société africaine cohérente sur la base d'un Droit entièrement conçu par d'autres sociétés.
Le Derma Droit et Institutions juridiques ouvre ses pages aux juristes africains pour leur permettre d'exprimer leurs réflexions sur les thèmes suivants:


I) Recherche sur les institutions politiques


premier axe de recherche : anthropologique
Le Derma s'intéressera aux organisations politiques, sociales et économiques qui fondent les valeurs des sociétés africaines : équité, citoyenneté, démocratie. Nous travaillerons au répertoire des structures sociales communautaires africaines en respectant la terminologie des langues africaines. Nous les comparerons entre elles pour en trouver la portée générale et panafricaine.

Deuxième axe de recherche sur le Droit positif des institutions modernes, notamment des Constitutions africaines.
Il s'agira d'identifier les dispositions qui consacrent, reconnaissent ou évoquent les institutions traditionnelles.
L'interface de ces deux axes de recherche donnera une idée de l'écart qui existe entre les valeurs traditionnelles identifiées et celles consacrées dans les textes qui régissent aujourd'hui les sociétés africaines. Il y aura certainement matière à réflexion et à proposition pour que les nouvelles institutions reflètent davantage les valeurs des sociétés qu'elles sont censées organiser.


II) Recherche sur les institutions civiles


Le proverbe est une forme d'expression caractéristique des sociétés de tradition orale. Ces proverbes expriment donc aussi le Droit. Voyons deux exemples : un proverbe mooré dit : "être responsable de quelqu'un ne signifie pas être propriétaire de ses biens" ; ou encore que "le crapeau et tout ce qu'il a ingurgité appartient au serpent qui l'avalera". Ces deux proverbes semblent se contredire. Il nous faudrait comprendre d'abord leur sens dans le langage traditionnel et, en tant que juristes, les interpréter dans le langage du Droit. La recherche envisagée nous donnera accès à une somme d'informations juridiques dont on pourra faire plusieurs usages.
On pourrait par exemple faire une édition de proverbes africains comme il en existe pour les adages latins. Et faire l'effort de les transcrire plus clairement en termes juridiques. Le juge serait fier de donner dans sa réponse au justiciable le proverbe qui exprime la règle de droit qu'il lui oppose.
Cette démarche est une volonté d'appropriation de nos principes et règles de droit.
On comprendra qu'elle fait appel à toute la science de nos aèdes ou griots. Sollicités pour les célébrations particulières (fiançailles, mariages, baptêmes, funérailles, anniversaires) les griots sont des historiens et les archivistes de la société. Ils sont également des artistes ; les dépositaires de la littérature, une littérature qui comprend tous les genres et aborde tous les sujets. Véritables professionnels de la parole, ils se consacrent aux contes bien sûr, aux chants de louange, aux mythes, aux récits (généalogiques, épiques), aux traditions (familiales ou lignagères), aux rituels religieux et autres formes textuelles brèves (devinettes, proverbes, sobriquets) mais aussi aux formules du Droit coutumier, aux règles de la morale.

III) Recherche sur les Constitutions africaines.
La lecture comparée des Constitutions africaines fait apparaître qu'à une exception près (l'Algérie) elles sont toutes sur le même modèle : français. Cela peut s'expliquer de fait qu'après la victoire de l'Algérie sur la France, la France a échappé à d'autres humiliations de ses forces armées en concédant rapidement l'indépendance politique à toutes ses colonies nonobstant de poursuivre sa colonisation sur tous les autres plans : linguistique, culturel, religieux, économique, juridique. En l'absence de collèges constitués de juristes africains, le modèle français s'est imposé.
Mais entre les institutions auxquelles obéissent nos concitoyens dans leurs quartiers et villages et les institutions imposées par la France il n'y a pratiquement aucune concordance.
Cette situation provisoire perdure aujourd'hui de façon anachronique, entraînant une disharmonie entre les directives venues de l'Etat et les aspirations des populations rejetées dans l'informel. Ce hiatus entre l'Etat et les populations génère des pouvoirs d'un genre nouveau qui s'accroissent aux dépens de l'Etat et aux dépens des communautés africaines.
Or, aujourd'hui, il existe une somme de connaissances anthropologiques suffisamment élaborée, une prise de conscience des communautés et une volonté d'affirmation démocratique suffisamment nettes, enfin un corps de juristes africains suffisamment compétent pour donner aux responsables ou candidats politiques les matériaux nécessaire à l'élaboration de Constitutions africaines.
Le Derma Droit et Institutions propose :
- de corréler les trois sources (anthropologique, traditonnelle, et juridique) dans une recherche interdisciplinaire.
- de réinterpréter les diverses institutions des peuples africains, afin d'en mieux comprendre les raisons et établir entre elles des équivalences.
- d'exprimer leur fonds commun en termes de Droit.
- enfin d'articulier ce Droit né des coutumes et institutions africaines avec le Droit International.

 

DERMA
PRATIQUE

L'Association Cauris pourra éventuellement publier des travaux, des analyses de chercheurs provisoirement empêchés pour des raisons politiques dans leurs pays.
Le Derma Pratique gère le site Cauris.